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Une MicrofictioN de Lisezbarbare – SILENCE TUE – par JiPébé et Bed Ross

Une MicrofictioN de Lisezbarbare – SILENCE TUE – par JiPébé et Bed Ross

Une MicrofictioN de Lisezbarbare – SILENCE TUE – par JiPébé et Bed Ross

Une microfiction de Lisezbarbare.fr

Le bruit avait tué.

Les autorités l’avaient condamné à perpétuité.

D’abord, c’étaient les oiseaux qui avaient disparu des forêts. On avait multiplié les axes routiers, ils domestiquaient de plus en plus la sauvagerie du moindre espace naturel. La folie des taxis volants était générale,  comme leurs couloirs ariens qui maillaient désormais chaque centimètre cube de ciel.

Les oiseaux des forêts avaient bien essayé d’augmenter la puissance et la fréquence de leurs émissions sonores, mais ils n’avaient pas pu lutter. Les plus aventureux avaient trouvé refuge dans la première cage vide venue, souvent sur un balcon, en ville. Les moins chanceux avaient gonflé le volume de leur chant jusqu’à ce qu’ils fassent exploser leurs petites gorges délicates.

Les forêts, désertées, n’étaient plus pollinisées. Les essences d’arbres disparaissaient par centaines. Pour éviter la panique, et, surtout, pour que les parcs d’activité installés dans les zones sylvestres ne voient pas leur fréquentation dangereusement diminuer, on avait développé et planté des feuillus synthétiques d’un naturel à s’y méprendre. Dans certaines zones où le progrès scientifique était plus avancé, on avait installé des hologrammes 3D de chênes, d’érable ou de hêtres, qui arboraient une densité de matière proprement stupéfiante.

Mais cela ne fut pas suffisant.

Les forêts mouraient.

Les oiseaux, de même que les abeilles, disparaissaient. Trop de bruit, trop de stress. Les cultures sous lumière et atmosphère contrôlées, logées dans des immeubles pilotés par les meilleures intelligences jardinières artificielles, n’ont pas pu remplacer l’agriculture traditionnelle. Ces usines vertes entièrement automatisées étaient chères, régler l’écosystème qui devaient végéter à l’intérieur était difficile. Cette course contre la faim du monde prenait trop de temps.

On en est venu à manquer de nourriture.

La faim a causé des émeutes. Les violences, la haine, les cris, n’ont fait que rajouter à ce bruit de fond mortel produit par la civilisation. Les morts, par milliers, ont fleuri partout, comme si les graines de leurs décès annoncés avaient été semées dans les murs, les trottoirs, les rues et la ferraille à béton du paysage urbain.

Le gouvernement mondial a statué.

Le bruit n’était plus condamné à perpétuité.

Pour lui, spécialement, on avait décidé de rétablir la peine de mort.

Les avions taxis sont restés cloués au sol. Pour être bien sûr qu’ils ne voleraient plus jamais, ont leur a arraché leurs ailes. Les voitures, les camions, quelle que soit l’énergie utilisée pour leur mode de propulsion, ne pouvaient plus circuler. Les lignes aériennes ont été coupées jusqu’à une date qui restait volontairement indéterminée.

Nous avons tous réappris à écouter les sons naturels produits par les maigres restes de cette nature que nous n’avions pas encore totalement éradiquée de la surface de la planète.

Nous avons tendu nos oreilles.

Et nous avons attendu, dans le silence le plus absolu, sans oser prononcer le moindre mot, que les oiseaux reviennent.

Inspiré par la lecture d’un article du journal Le MONDE, daté du 6 mai : « Le bruit humain menace les espaces protégés. »

Une microfiction de Lisezbarbare.fr

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