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Une MicrofictioN de Lisezbarbare – SEXCESSIF – par JiPéBé & Edouard d’Agry

Une MicrofictioN de Lisezbarbare – SEXCESSIF – par JiPéBé & Edouard d’Agry

Une MicrofictioN de Lisezbarbare – SEXCESSIF – par JiPéBé & Edouard d’Agry

Une microfiction de www.lisezbarbare.fr

Elle      -Aimez-moi !

Moi      -Mais pourquoi ?

Elle      -Je n’en peux plus de vous, je vais finir par vous languir au lit, en dormant, à haute voix.

Moi      -Je vous attire donc tant que ça ?

Elle      -Pas du tout !

Moi      -Alors quoi, c’est une sorte de jeu cruel ? Je vous préviens, même gratuit, je n’achète pas !

Elle      -Tout est de votre faute, aimez-moi !

Moi      -Ce n’est pas un peu fini, oui ? Bas les pattes, ou je crie à l’aide !

Elle      -Ne prenez pas cette peine, je vais le faire à votre place : monsieur l’agent, au secours !

Flic     -C’est pour un harcèlement ? Laisse tes paluches bien sagement en garde à vue le long de ton corps, mon bonhomme !

Moi      -J’hallucine ! Je proteste, c’est elle, ELLE, cette sangsue lubrique qui se prétend folle de mon corps !

Elle      -Je confirme !

Flic       -T’en as de la chance, c’est pas à moins que ça arriverait !

Moi      -Faites quelque chose, merde ! Verbalisez, mettez cette furie à distance ! Je ne suis pas celui que vous croyez !

Elle      -Hélas !

Flic       -Tiens mon gars, E750, voies de fait n’ayant pas entraîné de violence, amende de classe quatre !

Moi      -C’est un minimum, j’ai une réputation à défendre !

Flic       -T’es con ou quoi ? L’amende, elle est pour toi ! Tu te refuses à cette gentille dame ? Regarde comme elle est triste, déçue, mortifiée, abattue ! Tu lui fais croire qu’elle est vilaine, elle va se mettre à pleurer !

Moi      -Qu’est-ce que je fois faire ?

Flic       -Payer ! La faim du fisc est sans fin !

Elle      -Moi c’est pareil ! Pour vous faire pardonner, invitez-moi à déjeuner ! Il y a un trois étoiles Michelin, là, vous voyez ?

Moi      -Je suis ruiné !

 

********************

 

Devenir l’ami d’un salopard, c’est possible.

Mais le rester, alors que vous avez cerné la nature véritable de celui que vous admirez jour et nuit, peut-on l’envisager ?

C’est ce qui m’est arrivé.

Tout nous séparait.

C’était une grande et belle gueule incendiaire, logée dans un corps de dieu grec, que ni le temps, ni la nature même de l’impermanence n’auraient su altérer. Les hommes l’évitaient, jaloux, mauvais, envieux de tant de qualités esthétiques et rhétoriques logées dans l’enveloppe unique du même bonhomme, forcément unique. Les femmes tombaient sous son charme qui se propageait autour de lui telle une onde de choc sensuelle, sucrée, implacable. J’en ai vues, dans la rue, vaciller, vraiment, littéralement, sur son passage.

J’étais tout son contraire.

Lunaire, timide, effacé, réservé, à la limite de l’insignifiance. Je n’étais ni idiot ni demeuré, mais, comme je ne faisais aucun effort au bureau pour le démontrer, personne n’aurait pu s’en douter.

Nous avions les mêmes responsabilités. Nos bureaux se touchaient. J’avais très vite accepté de m’occuper de ses dossiers de prospection commerciale. Lui n’avait pas le temps, c’était l’amour, et non pas nos clients, qu’il draguait. Les demandes arrivaient par vagues. C’est comme s’il essayait d’écoper avec une cuillère à café un océan déchaîné par le désir, il était submergé. Très vite, il m’a également demandé d’aller lui chercher son repas de midi : salades composées, plateau de sushis ou de mezzés libanais…J’essayais de varier les menus du mieux que je le pouvais. J’évitais, le plus possible, la viande, le gras, le salé, le sucré. Pour répondre à toutes ces sollicitations, il fallait qu’il reste au top de sa forme physique, j’y veillais.

Il a fini par m’autoriser à partager ses repas. J’étais tellement flatté. Il fermait la porte de son bureau. Et, pendant une vingtaine de minutes magiques, je devenais son pote, son confident et son conseiller.

Lui        -Et elle, qu’est-ce que t’en penses ?

Moi   -C’est une fille très sensible. Elle ne supportera pas une histoire d’un soir, même avec le mec le plus magnétique de la planète. Vous en avez tant qui soupirent sans réfléchir, pourquoi elle, précisément ?

Lui        -Parce qu’elle est fragile ! Je ne déteste pas faire le mal en me faisant du bien !

Moi      -Vous plaisantez !

Lui       -Bien sûr, imbécile ! Pour qui me prends-tu ?

Et le surlendemain, mon ami, mon seul ami, demandait aux vigiles d’évacuer une pauvre fille ravagée qui hurlait son nom par mégaphone au milieu de l’immense hall d’entrée de l’immeuble où notre employeur avait installé ses bureaux.

Lui        -Descends, va aider Terminator et Rambo à virer cette cinglée ! Tout ce tapage, ça va être très mauvais pour mon avancement !

Moi      -Je vous avais prévenu ! Vous jouez avec les femmes et leur manuel de fonctionnement, comme si c’étaient des jouets !

Lui        -Ta gueule ! Cette poupée-là, elle était cassée de toute façon. Allez hop, à la poubelle !

Je suis descendu, non pas pour exécuter cette sale besogne, mais pour raccompagner cette jeune dame chez elle et peut-être, sans trop savoir comment, la convaincre d’oublier ce sale type qui me fascinait tant. À la réception, tout le monde me regardait de travers. Mon pote s’était dépêché de faire savoir que le salopard, c’était moi. Nos noms étaient phonétiquement presque jumeaux, il était si facile de croire que c’était moi que cette femme invectivait à travers son mégaphone.

J’ai failli être viré.

Je n’ai dû mon salut qu’à mon pote, qui est allé plaider ma cause auprès de la grande patronne. Ce ne fut pas difficile, j’étais le meilleur télécommercial, et de loin, de toute la boîte. Tout le monde s’est mis à m’éviter. Rien de très nouveau. Avant cet incident, je crois que personne, à part mon cher ami, n’avait jamais jugé utile de m’adresser la parole.

Je ne rentrais plus chez moi.

Pourquoi faire ?

Je vivais seul. J’étais mieux au bureau. Je travaillais double. Il faut dire que mon ami, en me dénonçant à la boss, avait obtenu une promotion. C’était désormais aussi mon patron. Il avait triplé ma charge de travail. Mais je ne laissais à personne le soin d’aller acheter son déjeuner. Les trente minutes que je passais avec lui à 13 heures, c’était sacré !

Lui        -Intéressant ! Tu connais la dernière ? La fille de l’autre soir, la blonde au regard vide comme des blés fauchés, son homme l’a tuée !

Moi      -Ah, parce qu’en plus, il vous faut les femmes mariées ?

Lui       -Il me les faut toutes, imbécile ! Comme Dom Juan, pas une ne doit manquer à l’appel de mon plaisir. Un jour, il faudra que je m’introduise dans un couvent et que je trompe Dieu lui-même, massivement  (idée empruntée à Mérimée, merci Prosper) !

Moi    -Heureusement, vous n’avez traîné aucune malheureuse devant le maire. Être témoin de vos milliards d’infidélités, à vie…

Lui        -Je suis marié, imbécile ! Tromper mon épouse décuple ma jouissance !

Moi      -Je ne vous crois pas !

Lui        -Tu devrais ! Mais tu ne pourrais pas comprendre ! C’est quoi, pour toi, le plaisir et la séduction, à part une ombre indistincte qui occulte le soupirail rouillé de ton petit esprit miteux !

Moi      -Et l’amour ? Et l’âme sœur ? Et cette complicité de tous les instants, grands, petits ou vifs, qui fouettent le rose des joues et de la vie ? Et ces parcelles d’éternité partagées qui tiennent la mort à distance pour toujours ?

Lui        -T’es con, mais poète ! C’est ce qu’elle dit, quand je parle de toi à la maison. Je crois qu’elle te connaît par cœur. Je me demande même si elle ne commencerait pas à en pincer légèrement pour toi !

Moi      -Vous…vous avez donc une épouse ?

Lui        -Puisque je te le dis !

Elle      -Pour les autres, elle sait ?

Lui     -Il m’arrive d’en ramener à la maison. Mais rassure-toi, on s’isole dans la chambre, et j’envoie ma moitié dormir sur le canapé ! Les plans à trois, c’est pas mon truc ! Alors oui, on peut dire qu’elle se doute d’un petit quelque chose !

Moi      -Mais pourquoi suis-je encore votre ami ?

Lui        -Parce tu n’as que moi, parce que je te dégoûte et te fascine en même temps. Parce que tu es con, serviable et gentil à la fois. Parce que tu es fidèle jusqu’à l’absurde, parce tu m’étudies, en douce, et que tu rêves en 3D d’être réellement à ma place !

Moi      -Vous vous égarez ! Vos certitudes ridicules viennent de faire une grosse sortie de route ! Tiens, je vois les pauvres restes de votre cervelle, prise d’effroi, s’éjecter et s’étaler juste à mes pieds. Je fais quoi, je ramasse ou j’écrase ?

Lui        -Enfin, un bon mot, un brin de violence et de folie, voire même une pincée de méchanceté ! Bravo ! Tu me donnes faim ! Descends me chercher un plateau de sashimi, avec plein de wasabi ! Faut que je sois en forme, j’attends une petite japonaise mignonne comme tout que je vais déchirer toute crue !

Moi      -Vous irez le chercher à l’accueil, votre plateau, je ne remonterai pas, je démissionne !

Lui        -Impossible ! Je t’ai viré ce matin ! Mon épouse s’est mise à parler de toi en dormant ! Quelle imbécile !

 

********************

 

L’endroit est intimidant.

Un peu trop vieux et repassé à mon goût.

Des vieux, amidonnés dans des costumes trop bien repassés, il n’y a que ça autour de nous. Ça discute OPA, coup d’état, acquisition, investissement à perte, désinvestissement productif, politique, et tout ça tout ça. À cet âge-là, l’amour de la puissance a remplacé la puissance physique, sans parler de l’amour toujours, qui ne court plus dans leurs veines et leurs poitrines surveillées 24h/24 par la faculté de médecine.

Le directeur du restaurant nous a trouvé une place, bien au milieu de la salle, pour faire bisquer tous ces sexagénaires qui trempent leurs cravates sans le savoir dans la bisque de homard.

Je n’ose regarder les prix affichés sur la carte et je m’en fous. Je sais nager, au pire, je mettrai un masque et un tuba, et j’irai faire la plonge en cuisines. Le directeur, discrètement, a accepté.

Tout ce qui compte, c’est qu’elle soit là, assise en face de moi.

Elle      -Alors c’est vous ! Le gros nigaud droit, honnête, fidèle et gentil qui était l’ami de mon connard de mari. Vous êtes mignon, vous êtes touchant !

Moi      -Ah, vous n’allez pas recommencer ! Si vous me frôlez, je crie !

Elle      -Mais pourquoi ? Je ne vous plais pas ?

Moi      -Mais non…

Elle      -Comment ça, non ?

Moi      -Mais non, ce n’est pas ça le problème ! Vous êtes mariée !

Elle      -Vous n’avez jamais trompé personne ? Il le mérite vraiment, et vous le savez !

Moi      -C’est que…je n’ai jamais été avec personne !

Elle      -Je vous apprendrai !

Moi      -Non !

Elle      -Vous avez peur ?

Moi      -Quittez-le d’abord !

Elle      -Mais c’est fait, mon chou ! Je faisais mes valises au moment où il m’annonçait qu’il allait te virer !

Moi      -Et vous irez où ?

Elle    -Chez toi ! J’ai posé toutes mes affaires juste devant chez toi ! Vingt mètres cubes de vie, bien rangées à l’arrière d’un camion. Ton appart., il est grand, j’espère ?

Moi      -Vous savez, je suis un homme simple, pour ne pas dire simplet. J’aime les choses claires. Dans mon esprit vierge de tout passé amoureux, l’amour ne rime pas avec embrouilles. Êtes-vous séparée de lui, légalement oui ou merde !

Elle      -Comme le pourrais-je, je le quitte à l’instant !

Moi      -Alors je crie !

Elle      -T’es trop con ! Mais on finit ce merveilleux champagne d’abord !

 

********************

 

J’ai hurlé.

Les vieux messieurs qui conspiraient autour de nous ont avalé la colle de leurs dentiers.

Les flics sont arrivés.

Elle s’est jetée sur eux. Elle a parlé de harcèlement, d’enlèvement, de contrainte par l’esprit à défaut de sujétion par le corps. Elle a si bien menti. Je n’ai rien dit. Ils m‘ont passé les pinces et ils m’ont traîné en comparution immédiate devant un juge qui venait de se faire plaquer et qui était très mal disposé.

J’ai été condamné à un an de prison ferme.

Je n’ai pas cherché à me disculper.

Juste après le verdict, je lui ai tendu les clefs de mon appartement et je lui ai dit : « Il est à vous. C’est un peu petit et mal rangé. Je vis seul vous savez.»

Le jour de ma remise en liberté, elle était là, confuse, indécise, mais impatiente et joyeuse à la fois.

Elle      -Vous m’aimez ?

Moi      -Depuis toujours !

Elle      -Alors, tout est pardonné !

Une microfiction de www.lisezbarbare.fr

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